DÉCÈS DE PIERRE GONTHIER

Notre ami Pierre Gonthier nous a quittés le 15 octobre 2025.

Nous avons tous une pensée pour cet homme affable dont chacun d’entre nous avait pu, en de nombreuses occasions, apprécier la chaleur, la culture et l’inébranlable bonhomie.

Notre président lui rend hommage par un texte empreint de leur longue amitié :

HOMMAGE A PIERRE GONTHIER

Quatre mots pour honorer l’écrivain et son œuvre :

simplicité et humanité, amour et humour.

Le talent lui était donné par surcroit.

Pierre Gonthier est né le 15 juin 1932, à Port de Couze, au bord de la Dordogne, dans une papèterie, dans une famille d’ouvrier papetier. Un petit garçon voué au papier. On peut y voir un signe prémonitoire !

Adolescent, Pierre Gonthier fut un sportif accompli. Il fut aussi bon élève, alors il entra à l’Ecole Normale de Périgueux, puis fit son service militaire dans la cavalerie avec les galons de sous-lieutenant à Saumur, enfin il devint enseignant. 

Au cours de sa vie, par divertissement, Pierre sera chroniqueur à France Bleu Périgord. Puis à la retraite, le papier le rattrapa, ce fut l’envie d’écrire qui le prendra.

J’ai eu la chance, il y a plus de vingt ans, de lire le premier manuscrit que Pierre Gonthier s’était enfin décidé à envoyer à un éditeur. J’étais alors membre du comité de lecture des éditions La Lauze. Le titre de ce manuscrit m’avait bien plu : La Galope. De quoi s’agissait-il ? De souvenirs d’enfance au bord de la Dordogne. Banal diront certains. Mais Pierre Gonthier avait un don –  le Don de l’écriture comme d’autres ont l’oreille musicale.

Et le style, le ton, l’authenticité de La Galopea séduit.

La galopefut aussitôt édité avec succès, trois éditions successives.

 Pierre a publié sur ce même thème de l’enfance : Encres Violettespuis l’Enfant qui parle à la rivière, deux très beaux livres illustrés par Marcel Pajot, des livres où alternent prose, poésies et illustrations : un délice de nostalgie et de tendresse !L’Enfant qui parle à la Rivièreest un vagabondage poétique, très tendre évidemment, celui d’un grand père et de son petit-fils au bord de la Dordogne : Le vieillard et l’enfantme direz-vous ? Non ! Car je ne suis pas sûr qu’il y ait un vieillard dans cette histoire. Pierre était encore beaucoup trop jeune, et surtout, Pierre écrivit toujours avec les enchantements et les émerveillements tout neufs de l’enfance, car il croyait encore aux sortilèges et aux émois des premières amours. C’est pourquoi il y a dans ce livre comme un parfum de Grand Meaulnesou quelque chose du Petit princede Saint Exupéry.

 Pierre fut aussi nouvelliste. Il signa des chroniques villageoises pleine de sensualité et de lyrisme rassemblées dans L’auberge du souviens-t-en, puisavec L’Alambic de la pleine lune,une série de nouvelles douces-amères autour de l’alcool.

Puis il écrivit de la poésie pure avec Les heures cerf-volant, Le goût sauvages des mûres etLes prouesses du vent.  Le bougre avait aussi le génie du titre.

Avec le beau dimanche de l’oncle corneculillustré par Francis Pralong, il nous offrit un conte rabelaisien au burlesque hilarant et à l’ironie la plus fine, inspiré de l’ovalie au village. Puis dans un registre où il excellait, ce furent trois livres déchirants d’amour et de douce nostalgie : d’abord De la douceur des choses, mais surtout Arrière saisonset Les eaux passantes.

En lisant les textes de Pierre Gonthier on pense à Gaston Bonheur et à Marcel Pagnol. Il obtiendra entre autre le Prix Gargantua et celui du Choix des Libraires de France 3.

Et c’est ainsi que Pierre Gonthier de livre en livre s’est imposé dans le cœur des lecteurs. C’est une œuvre qu’il a tissée sur la trame de ses souvenirs et de ses émois. Il m’apparaît comme l’une des plumes les plus originales de la création littéraire en Périgord, sa production me semble l’une des plus abouties, l’une des plus sensibles et des plus poétiques de notre république des lettres périgourdine, et sans doute au-delà. 

Pierre était un poète capable de faire avec de la prose la plus prose un vrai poème, et quel poème ! Il était un poète qui rédigeait ses vers en prose, sans doute pour faire le modeste ! Mais en vieillissant il s’était pourtant fait la tête de Flaubert et quand il lisait ses textes, il mettait dans sa voix les intonations chaleureuses de la voix de Brassens. Et si je vous conseille de lire Pierre Gonthier, lisez-le tête nue, sinon vous passeriez votre temps à enlever votre chapeau. 

 Et comment vous parler du style de Pierre Gonthier ? Par exemple lisez cela : on dirait du Paul Fort…

Au petit bal d’hiver, au petit bal d’hiver

On y valse à l’envi une valse à l’envers

L’accordéon y joue plus souvent de travers

Des rengaines assorties des tintements des verres

Au petit bal d’hiver, au petit bal d’hiver

On y valse à l’envi une valse à l’envers

Cendrillon n’y vient pas en pantoufle de vair

Ni le cheval du Prince piaffer des quatre fers

Les filles y dansent à corps perdu et sans en avoir l’air

Elles savent déjà que l’amour est amer

Au petit bal d’hiver, au petit bal d’hiver

On y valse à l’envi une valse à l’envers

 Oui, Pierre était mon ami, mon complice, il savait combien du fond du cœur je l’aimais et je l’admirais.

 Michel Testut

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La disparition de Pierre Gonthier a également inspiré un « modeste dessin dicté spontanément par l’émotion » – selon ses propres termes – au peintre Marcel Nino PAJOT, qui l’accompagne de ce commentaire : « les pleurs ne sont pas toujours très esthétiques … »